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{ Sujet: Nocturne ; Echizen Nan } ∞ { Dim 14 Juin - 22:38 }
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Ils l'ont emporté. ô douce folie qui altère ses sens, ô douce folie qui laisse planer son être. Ils l'ont emporté cette douce nature qui était sienne et l'ont remplacés par des mots adressés aux esprits. Aux démons hantant encore son esprit, ils ont donné la parole. Aussi, il parle, Andre. Il parle, ce lièvre de mars alors que la pluie cache les étoiles tandis qu'il s'achète son propre paradis, vendant encore les fragments de son âme à sa foi avare d'idées. Mais il perçoit ces pensées susurrées comme un fardeau, comme un tabou brisé de par ses propres lèvres. « Mon bon ami, il est tard, si tard, courir les rues à cette heure ne serait pas digne de vos actes. » acquiesce-t-il alors, lui qui n'entend ici que les pensées de ces bandits hantant les boyaux des rues qu'il connaît par cœur. Lui qui ne comprend ceux qui lui tailleraient les veine comme ils dépouillent celles de sa belle cité. Mais l'employé se plie à ses propres paroles. Oui, le lièvre doit rejoindre sa tanière. Le lièvre se doit encore de se laisser glisser dans une belle tasse de thé, d'y laisse s'y asphyxier les beaux mots de ces amis qui l'obsède. « Mon bon ami, je dois rentrer, rentrez-vous avec moi ? Je vous montrerais le chemin. » Andre oubliant encore la réalité des murmures qu'il entend, ce vague brouhaha qui s'éclipse pour lui laisser passer son chemin. Cette douce harmonie jouée par les plus grands musiciens ne pourrait le laisser aller, ne pourrait s'effacer devant les pavés brisant ses foulées. Mais il est déjà là. Mais il voit déjà l'édifice qui lui sert de seul point de retour. Ce soir, il sera ouvert. Ce soir, enfin, il réussira à tenir le commerce à l'heure, lui, rongeur qui ne possède la convoitée blancheur nommée pureté ni encore, ce simple temps au creux de ses paumes. Cependant, avant même qu'il ne puisse saisir l'insaisissable, avant même qu'il ne puisse s'adapter à sa propre notion de temps ; le voici déjà torchon à la main. Le voici déjà concentré à parler encore, à chantonner à ses démons de belles chansons alors que brille entre ses doigts les verres qu'il servira. La lumière déjà doit scintiller dans la rue principale à l'image d'une étoile, alors que le vaisseau se prépare, rehausse ses couleurs d'orient pour enfin accueillir ses habitués. Mais ce soir est un beau soir, le lièvre le sait. Le lièvre l'a rêvé entre deux lancements de fusées. Ou encore l'a-t-il entendu dans les bévues de sa folie, il ne sait, n'a jamais su. « ô il viendra ce soir, il viendra… » Chante-t-il comme un secret balbutié aux penchants de son déséquilibre. « ... mais je ne lui ai pas montré le chemin. » rajoute-il à cette tierce personne qui s'immisce dans les reflets de son ombre sur les flûtes encore vides. Et en croisant ses propres lueurs, en prenant conscience des joyaux de ses yeux qui auraient dû orner sa tête pourtant vide, Andre se remet à rêver. Andre se remet à fuir ses origines ou ce qui pourrait gâcher une vie déjà morte avec son enveloppe charnelle. Le lièvre de mars n'est plus qu'un songe à l'image de son nom, un acte pourtant encore joué qui prendrait doucement conscience de sa tangibilité. « Oh, à qui ai-je montré le chemin ? » comment si cela avait une importance. Personne ne viendrait plus jamais profaner son château. Andre a oublié, que ce soit ce chemin, ses promesses ou sa peine fondue comme un glaçon dans l'un de ses cocktails. Aussi, laisse-t-il la nuit s'installer là en dehors, le rouge frappant à sa fenêtre pour lui annoncer la venue de ses premiers clients. L'attente déjà tue celui qui possède l'ingénuité des enfants. L'attente déjà le fait se souvenir des sonorités de son nom, doucement, doucement. L'attente le ferait revoir les doux papiers sur sa table de chevet alors que déjà s'envolent-ils. Alors que déjà le premier courant d'air efface ce qu'il a tracé sur le sable fin de sa plage personnelle. La nuit s'accroche à ses pieds, perle sur ses effets qu'il retire sans gêne aucune, à l'image d'un ami s'étant souvenu des heures étranges faisaient de l'endroit le refuge des combattants de l'obscurité et sa simple venue ne pourrait que confirmer les dires d'un malades. Et sa simple venue comme celles d'un autre procure l'opium nécessaire au lièvre pour qu'il puisse se contenter d'une tasse de thé. « N'est-il pas rare de le voir délaisser ses œuvres ? N'est-il pas rare de ne pas le voir faire vibrer ses files entre ses doigts ? » Echizen être supportant encore les étranges phrases orchestrées par un être perdant pieds. Echizen venu en ville, pensant encore dans le crâne d'un lièvre excité par des traits appréciés. « Es-tu venu faire vibrer mes verres Echizen ? Si cela est le cas, je devrais sortir mon cristal. » Cette entité sans doute ne lui rappelant que les douceurs des choses bien faites, que les doux échos de ces verres se rencontrant. Alors, Andre n'oubliant pas la politesse de ses silences, se glisse doucement à ses côtés pour accueillir une personne qu'il avait sans doute entendu, là, dans les nébuleuses de sa galaxie. « Tu avais prévenu, aussi les avais-je nettoyés. » Il sourit, Andre, il laisse les lumières s'installer tranquillement dans sa demeure, illuminer jusqu'à ses simples verres à moitié vides, à moitié pleins.
late in the night, the stars dance in the darkness whilst you breathe



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{ Sujet: Re: Nocturne ; Echizen Nan } ∞ { Lun 15 Juin - 0:28 }
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La nuit. La nuit qui glisse imperceptiblement, une seconde après l'autre, qui glisse et qui chute jusque sur les pavés moussus de la ville. La nuit avec son cortège de fraîcheur, ses éclats changeants sur les façades des maisons, ces reflets crépusculaires au milieu de la foule qui va en se déliant peu à peu. C'est Wonderland l'effervescente, l'insomniaque aux féroces éclats de rire, la belle insoumise qui jamais ne se repose. C'est la cité papillonnante, celle qui se soucie du calme comme de sa première brique, celle qui avale les flegmatiques dans une houle faisant fi des heures et du soir. Puis c'est le Faubourg d'Alice, cet engrenage fou. Il ne sait pas s'arrêter, il roule sans discontinuer, draguant ses badauds tel un ressac sur les berges des trottoirs ; et tout le monde parle, tout le monde bavarde, des pépiements d'oiseaux aux hurlements des chiens, tout bouge et gesticule entre les boutiques aux stores chatoyants. Alice, pauvre folle, dont le garçon connaît les recoins mieux que sa poche. Là où il apprit le monde, accroché au petit doigt de sa mère, à déambuler parmi ce feu d'artifice permanent. Les odeurs y sont identiques, intactes. Toujours foisonnantes, tantôt âcres et tantôt sucrées, chargées de nuances d'épices et de relents d'étincelles ; le parfum de l'agitation, de la vie même, qui coule à travers ces rues engorgées de monde malgré l'annonce de la nuit. Vient ensuite l'allée des baveuses, colorée à en mourir et cependant suave, par laquelle il s'échappe d'un pas allègre pour rejoindre... Il l'ignore. Il était venu à Bebeonil pour ce fameux vendeur de pierreries prophétiques mais, en constatant que sa trouvaille la moins onéreuse n'était rien d'autre qu'un pendentif chantonnant l'heure comme une idiote horloge parlante, il avait rebroussé chemin. Et s'était égaré tout le jour dans cette fièvre citadine.
Maintenant que la nuit menace de voiler son regard, il devrait rentrer. Rentrer avant qu'il ne se fasse alpaguer par quelque marchand nocturne, avant que l'obscurité ne lui ravisse son chemin ou que le Bonhomme sept heures ne le dévore sur le seuil d'une taverne. Il est si loin de chez lui, peut-être trop loin déjà, et rentrer dans le noir ne lui fait pas peur, ce n'est plus un enfant, toutefois il hésite. Non, ne rentre pas. Reste dans cette clarté artificielle, sous le faisceau des becs de gaz ; admire encore un instant les ondulations des corps, les froissements des habits que les courroies des sacs écrasent ; imagine d'autres textures, d'autres découpes sur des silhouettes que tu ne frôleras jamais. Echizen rêvasse. Il fend les ombres avec des mouvements gracieux, esquive les bousculades à l'entrée des auberges, se faufile dans les effluves d'alcool et de nourriture. La pâleur de ses habits se confond sous l'éclat des lampes, tâche blafarde aux doux bruissements. Néanmoins, ce n'est ni la faim ni la curiosité qui le pousse dans cette allée tortueuse. Il y a autre chose, comme un air familier, un appel inaudible à la frontière de sa mémoire. Sans nul doute, les lieux ne lui sont pas étrangers, ils portent en eux des saveurs de discussions diffuses, des souvenirs presque bucoliques, passés en compagnie d'une créature aussi étonnante qu'agréable. Il s'en rappelle sans effort, de cette voix lancinante, triste sans l'être, de cette posture doucereuse et de cette taille qu'un queue-de-pie rehausserait à merveille. Avant de prononcer son nom, il en franchit le palier.
L'endroit est à l'image du quartier et, en apparence, à l'exact opposé de son propriétaire. Pourtant, Echi se plaît à y rechercher des correspondances, à déceler dans ces rideaux les goûts obscurs du Lièvre et ses envies de théâtre. Les arômes de thé se mêlent à la feutrine du mobilier. La laque du comptoir resplendit. Il s'introduit dans la taverne et c'est l'atmosphère, soudain, qui se couvre d'une tendre langueur. « Bonsoir, Mars. » Oh, Mars, guerrier lugubre en ton royaume éthylique. Brave soldat aux prunelles sombres, sans cesse bouleversées de milliers de voix inconnues. Il devait s'attendre à cette venue ; peut-être l'avait-il même entendue depuis l'extrémité de la rue, bien avant que le tailleur ne se rende compte qu'il avait pensé tout haut. Qu'importe. Le garçon devenu client est seul, unique invité d'un bal en solitaire, ce qui le rassure étrangement ; après toute une journée à se noyer parmi ses congénères, il aspire à un soupçon de calme. « Peux-tu me faire un chocolat liégeois, s'il te plaît ? » Assurément, il se trompe de commande, car ce n'est pas ici qu'il trouverait ses gourmandises habituelles. Mais il aime cela, incapable de se dépêtrer de ses lubies, et le sourire qui flotte sur ses lèvres n'est que le porte-parole de sa malice. Lorsqu'il s'assied devant le zinc, ses vêtements se froissent en de légers plis. Il est encore trop tôt pour les liqueurs et les spiritueux. Plus tard, sûrement. Quand l'heure sera aux confidences. En patientant, il ajoute avec un ton facétieux : « Je suis venu par hasard. » Une imposture de mensonge, pour mieux l'inviter à se découvrir. Dis-le que tu sais, Mars. Avoue que rien ne t'échappe même si tu ne retiens rien. Parce que cela t'est égal.
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{ Sujet: Re: Nocturne ; Echizen Nan } ∞ { Lun 15 Juin - 14:21 }
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Il sait, il entend, Andre. Mais il n'y prête attention, il n'ose se concentrer sur ce flutiste qui s'assoit à sa table, qui chante encore dans les lueurs de son chêne. Oh non, il n'ose se concentrer sur les ondes lumineuses qu'il renvoi à ses yeux, sans doute déjà lanciné par cette étrange commande. Comment servir cela dans son beau cristal ? Comment organiser la mousse qui viendra y lécher les bords comme une mer déchainée ? Oui, il est perdu Andre, les yeux dans le fond d'une flûte vide, les mains à la recherche d'ingrédients. Il n'a pas su capter les bonnes syllabes, les beaux discours et alors polie-t-il encore un peu les cavités de son essence. « Ils ne viennent jamais par hasard. » Il les connaît eux, il les entend lui souffler qu'aujourd'hui sera un bon jour, une bonne nuit. Il les connaît eux, ceux qui ne prévienne pas, qui ne lui montre pas patte blanche alors que celle de son invité déjà est vêtue de nacre. « Pourquoi joues-tu les courtisans d'Alice aujourd'hui ? » esquisse-t-il de quelques mouvements, floutent-il de sa fêlure aux doux fragments de brume. Le brouillard jamais ne semble s'évaporer dans son esprit. Andre déjà, laisse aller sa coupe, étrange reçu aux allures de macassar qui n'aurait sans doute dû voir le jour de ces mains agitées. De cet homme trop occupé à présent à préparer le thé. Oh il boira ce soir, il se laissera aller à ses pêchés qui encore annihileront son palais sans grande richesses. « Elle m'a chuchoté pourtant, que les choses se faisaient rare. » Il oublie les éclats de verres, les couleurs virolant dans les coupes qui ornent ses étagères pour ne prendre qu'une vulgaire tasse, si belle, si neutre à l'image de ses doigts d'hommes encore vivant. Il n'a rien d'autre à faire. Il n'a aucune rue à courir son soir alors que le lièvre n'aurait aimé que laisser vagabonder des os ne demandant qu'à se libérant de son squelette. Et de sa rapidité, il serait bon magicien. Et de son agilité, il serait bonne sorcière. Pourtant, la simple chaleur de la cascade s'écrasant dans un récipient ne saurait que le satisfaire. « Es-tu aussi rare que cela ? » Le lièvre porte le breuvage à ses lèvres, le lièvre laisse doucement se réchauffer sa tranchée alors que celle de son acolyte se glacera aux premiers tintements de glas. Il est habitué, Andre, à les voir quitter son chevet à petit pas. Il le sait, il l'a déjà vécu ici et là et sans doute bien plus loin dans son passé qu'au-delà de son présent. Mais il l'oublie encore dès que ses violonistes reprennent place, tandis que s'effacent déjà les brefs signaux de son tisseur d'étoile. Aussi il revient danser à sa porte, aussi il ne peut s'empêcher de distraire ses chiens de gardes, gardiens de son silence pourtant si flatteur. « A moins qu'il ne s'agisse des parures que je n'ai jamais admiré à ton cou ? » Il agite ses jambes, son regard papillonnant, attiré par sa propre lumière tamisée. Andre se jetterait à la mer s'il en connaissait les remous, Andre cesserait d'éclabousser son client s'il savait comment l'amener à se baigner. Il ne laisse le temps à ses questions de trouver réponses, de trouver authenticité dans son monde penché. Ses vérités sont déjà tordues et le l'être lunaire ne saurait supporter de caresser celle qu'on lui servirait droite. Mais il est trop tard déjà pour le ramener aux rectitudes de son origine, lui encore perdu, à jamais perdu dans des réflexions qui se veulent intelligibles et qui ne ressorte de sa bouche que chiffrées d'un soupçon de névrose. Andre ne fait que jouer son rôle et pensant encore aux yeux qu'il croise, à la silhouette se découpant dans la chaleur factice de son bar. Non, lui ne voit que les places libres qui ne semblent réservées, que la beauté qu'on lui offre d'une compassion qu'il ne saurait supporter. Et ce qui n'a jamais eu de sens finit par devenir passionné, par se transformer en une délicate comptine d'enfant ne demandant qu'à être soufflé en cœur, main dans la main. « Viendront-il aussi par hasard ? Ils n'ont pas prévenu. »
As the darkness consumes the forest, inside the waterfall



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{ Sujet: Re: Nocturne ; Echizen Nan } ∞ { Lun 15 Juin - 20:19 }
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S'il s'arrête, il sera piégé. La nuit refermera sur lui ses crocs blancs, l'emprisonnera dans sa gueule incolore et il sera condamné à rester, à subir l'inertie durant douze heures, jusqu'à ce que l'aube daigne lui accorder le pardon et l'autoriser à rentrer chez lui. Oui, il ne devrait pas s'arrêter, mais plutôt repartir tout de suite, avant que Mars ne trouve enfin la solution à sa commande insolite, avant qu'il ne lui tende les fers devenus boisson chaude et qu'il ne puisse plus refuser. Qu'il ne sache plus comment se sortir de ces sables mouvants couleur crème et chocolat. Et pourtant. Pourtant Echizen se plaît à demeurer le cul sur ce tabouret, à sentir sa colonne se détendre après la course ; il apprécie ce sentiment qui retombe, plus léger qu'un clapotis à la surface d'un marais, pour lui indiquer qu'il peut se reposer, qu'il ne craint plus rien. Que les choses sont de nouveau dociles. Il a le temps avant qu'il ne soit trop tard pour s'enfuir. Le calme qui précède le départ. Et il aime observer cette créature nocturne, cette chouette au plumage aussi sombre que l'iris, qui balbutie des mots comme autant d'incantations venues de nulle part. Mars discutant avec des extra-terrestres. Avec tous ces gens là-haut, invisibles, entassés entre les parois de son crâne telle la foule qui se presse au dehors de sa taverne ; intérieur, extérieur, quelle importance. Pour le barman, il y a toujours du monde. D'ailleurs, le tisserand croit toujours que c'est une horreur, un terrible destin que d'être le confident anonyme d'un millier d'inconnus, de les écouter non pas à leur insu mais parce qu'il ne peut faire autrement. S'il le pouvait, peut-être qu'il se débarrasserait de ce don encombrant. Et quel carnage ce serait donc, puisque le Lièvre perdrait sa folie douce ; il perdrait cette torpeur qui s'écoule de ses poumons, celle-là même qui fait le bonheur d'Echizen lorsqu'il prend soin de l'écouter.

Ils. Le diable se cache dans les pronoms personnels, a-t-il lu quelque part. C'est vrai. Tout possède une voix pour Mars, tout lui murmure des choses au creux des tympans, et la Cité hurle presque pour couvrir ces bruissements ininterrompus. Ses paumes accueillant le verre, « Merci » sera celui du tailleur – puisse l'Enchanteur l'entendre au milieu de ces discours échevelés – avant qu'il ne s'empresse de dissimuler son sourire derrière le bord du récipient ; il n'entame pas la merveille, se contentant plutôt d'en mordiller la faïence d'un air amusé. Oui, le serveur l'amuse, de façon immodérée, et il ne peut s'empêcher de porter ses ongles à son cou pour y sculpter ces atours qu'il sait bien ne pas porter. Il y a de la grâce dans ces interrogations, dans la courbure de la voix à peine soulevée. Une délicatesse à laquelle il obéit presque par mégarde, pour le simple plaisir de se laisser surprendre. Puis il oublie là son propre index, l'abandonne contre sa gorge et, de l'autre main, porte une première cuillerée à sa bouche. « Oh non, pas tout de suite ; laisse-moi encore être une rareté deux minutes. J'ai couru toute la journée. » Nuance gémissante sur la fin. Pas qu'il aime se faire plaindre, au grand jamais, toutefois il est cocasse de jouer les naufragés d'interminables emplettes. Pour un butin de pacotille, d'ailleurs. Qu'à cela ne tienne, la glace servira de monnaie d'échange pour ce trésor toujours enfoui dans les jupons d'Alice, dont une nouvelle bouchée vient lui geler le palais. Ses jambes s'agitent d'aise sous le comptoir.

Finalement, il écarte son péché chocolaté pour déposer à la place, sur la surface laquée, une petite bourse en nubuck dont il défait les cordages avec une précaution de fiancé. « Une certaine chasseresse... », soupire-t-il avec une aura de mystère, « …a commandé des gemmes pour sertir une ceinture. Et elle m'a envoyé les chercher parce que, paraît-il, elle ne s'entendrait pas avec le joaillier en question. » Une lueur de suspicion enflamme l'œil d'Echi, bien davantage que l'éclat glauque qu'il extrait de l'escarcelle. En mauvais connaisseur, il lève la rocaille entre deux doigts, feint de l'inspecter puis, effleurant la figure de Mars du regard, esquisse une moue légère. L'excuse de la mésentente grince à ses oreilles sans qu'il n'ose présager de quoi que ce soit. Alors d'un geste vif, il effleure la mâchoire du Lièvre, superpose le béryl à l'un des orbes bleutés qui orne ses lobes et, jaugeant de l'effet en une seconde, se recule d'un bond. Sa contrariété fond bientôt en une ligne mince, derrière laquelle fond un instant après un autre morceau de crème. Un léger rire, un souffle d'agonie. Puis le joyau chute au fond de l'aumônière, plus sec que le verdict. « Trop criard. Cela manque de finesse. » De toute évidence. Après tout, le Lapin ne s'habillerait jamais d'une peau de chasseur. « Pour les autres, je ne sais pas. Crois-tu que l'on puisse prévenir que l'on passera par hasard ? » Peut-être. Pour Mars, en tout cas, ce ne serait qu'une réponse sans importance, un fil de plus tendu vers l'incohérence. Vers sa nature même.
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{ Sujet: Re: Nocturne ; Echizen Nan } ∞ { Mar 16 Juin - 11:29 }
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« Sans grande finesse, ils se ressemblent. Mais ils n'ont pas les mêmes yeux. » Approuve le lièvre en voyant se lever l'unique client physiquement présent au creux de sa vision. Et comme un brumeux souvenir, comme la chose la plus naturelle du monde, il porte sa main libre aux lobes de ses oreilles. Il déroche la lune et ne l'offre à sa bien-aimé. Non, il se contente de plonger ces deux perles dans son thé. « Les vôtres, pas assez criards, ils préviennent et disent qu'ils ne viendront pas par hasard, puis ils rectifient et finissent pas changer leurs mots. Mais le hasard a prévenu avant eux. » Il attrape une cuillère du dessous de son comptoir, il l'attrape pour laisser miroiter encore les ondes vivaces d'un client qu'il ne saurait amuser qu'en étant sa propre personne. Ou qu'en laissant ces milliers de voix le devenir. Acre tintamarre qui se déroule derrière ses yeux, imperceptible pour ce qui s'y trouverait devant, Andre les ignore encore un peu. Alors, le lièvre roule des yeux, roule un sourire du bout de sa langue alors que les parfums de son élixir y barbote encore. Echizen sait sans doute. Il passe encore, emmêle ses fils dans ceux qui logent déjà dans le complexe du lièvre. Mais Andre ne saurait démêler ceux qu'il y laisse et se contente de ressentir la vraisemblance de ce qu'ils laissent. Cela n'a d'importance pour la douce folie qui ne saurait voir ce qu'on aimerait lui montrer, qui tord encore un peu plus les nœuds qui se forment au milieu de sa bataille quotidienne. Même les effluves de sa radio l'empêchent de penser, il ne saurait se passer de ce qui l'empêche de voir. De ce qui l'empêche de penser à ce monde qui ne ressemble qu'au siens ou ce qui l'était avant. Alors pour simple exemple, il fixe la salle encore vide, l'obscurité qui s'y glisse comme elle glisse encore dans les traits de sa peau. Ha, il vieillira, Andre, il laissera encore une fois derrière lui la blancheur de ses os, un temps écoulé sans grande action, à son habitude. Il soupire. « Si seulement j'avais aussi servi la dernière table, je n'aurais pas fait fuir mes clients. » Il décrit les tables de ses bras, il laisse goutter son thé quelques instants avant de l'essuyer dans ceux qui suivent. Il s'agite, il court, le lièvre. Et il ne saurait se ralentir pour une personne n'osant suivre sa cadence. Andre n'est de ceux qui s'arrêteront dormir à un arbre, Andre n'est de ceux qui laisse encore les failles des dates l'emporter. Et ce n'est qu'en laissant ses pas revenir à la raison qu'il laisse glisser : « Ils partent toujours sans prévenir, ils disent que je suis criard. » Un clin d'œil comme un envol étouffé, une brise de vent glissé. Avant de remuer encore le breuvage à ses mains. Avant de s'indigner encore par ce qu'on aurait pu lui dire en mots doux, par ce qu'il aurait pu faire les yeux bouchés de ses propres mains. « Dieu ! Que ces glaçons fondent lentement ! » Sourcils froncés comme visiblement outré, avant de reprendre encore une gorgée de ce délicieux thé. Cependant Andre n'a su étouffer le flots de ses paroles et encore il ajoute : « Elle n'est pas armée, cette chasseresse. Drôle d'idée de vouloir quelque chose pour retenir ce qu'elle ne possède pas. » Conclut-il alors. Revenant à une source de mots qu'il semble se rappeler, qu'il semble entendre à présent. Encore dans ces tourbillons d'absurdes pensées qu'il ne saurait deviner sienne ou dans ce flot de questions qui resteront sans réponses puisqu'il n'aurait le temps d'y répondre. Il finit sa tasse. Il finit l'unique breuvage qui occupait encore sa bouche avant ses mots et le laisse chuter faiblement sur son comptoir. Ne roule encore dans cette tasse que deux grelots bleuté oublié par hasard. Ou délaissé pour être recherché quelques heures plus tard par un ouvrir étranglé par un travail imaginaire. Mais elles restent là, ces deux orbes ayant quittées leur couronne.
A dark eye pries open; the streets are losing their breath



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{ Sujet: Re: Nocturne ; Echizen Nan } ∞ { Mar 16 Juin - 16:05 }
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L'espace d'une seconde, Echizen songe au fait d'avoir froissé le cœur du Lièvre ; en l'apercevant retirer ses ornements, ces deux globes azurés qui bruissent sans incidence, le tailleur étrécit ses yeux avec inquiétude. Néanmoins, le tintement des astres au fond de la tasse, engloutis par le délicat clapotis du thé, a tôt fait de ramener le calme sur sa figure et il rejette toute circonspection futile. Mars ne s'offusquerait pas de si peu. Quel outrage pourrait percer la barrière de son flegme, de toute manière, quelle offense inavouable franchirait les limites de cette indifférence qui n'a rien de froid ? Depuis le temps qu'il le connaît, le tisserand ne s'est jamais risqué à bousculer le télépathe. L'idée même ne s'est pas épanouie derrière son front, tant l'intérêt de cette entreprise fait défaut – aucun enjeu ne justifierait une telle tentative ; l'essentiel est de ne pas le malmener, le reste n'importe pas. Parce que lorsqu'on brusque une âme, elle dessine des plis impossibles à effacer, des plis qui ternissent à vie une relation, et le Conteur sait si le serveur n'a pas déjà assez de ce genre de fronces à l'intérieur de ses pupilles. Alors Echi retourne à ses glaçons, satisfait sans savoir pourquoi, mais il s'en fiche, il grignote le bord de sa cuillère en dévorant Mars de son regard turquin, boit ses paroles comme la berge aspire le ressac, dans un frémissement réjoui. Oh, que ce doit être curieux d'être le Lièvre, et combien de fils doivent s'entremêler d'un bout à l'autre de son esprit ! Le moindre de ses soupirs prend des allures d'écume, de petite sirène abandonnée par un prince qu'elle ne connaîtra jamais. Pauvre rongeur en sa tanière obscure, à attendre que file le temps indéfiniment. Et Echizen pouffe à ses commentaires si justes, si cruels, en dissimulant son museau derrière ses manches plus larges que longues.

Criard, Mars ? C'est subvertir la définition même du mot. Qui crie souvent, de façon désagréable et importune. Si le monde pouvait se montrer plus désagréable et importun encore, ce serait un paradis sur Marvalum. À moins qu'il ne pense à cette toile brossée qui crisse sous les doigts ? Il l'ignore, ne l'ayant caressé dans le sens du poil que lors d'un ancien rêve, jadis, quand le bestiaire de ses rêves avait façonné un hybride étrange le temps d'une nuit. Vieille réminiscence. Par conséquent, ce doit être une histoire d'éclat trop vif, de reflets discordants ; oui, sans doute, cela expliquerait pourquoi le tailleur a tellement de mal à convenir de ce qui irait bien à ce teint blanchi, ce qui tomberait à merveille sur ces hautes épaules ou serrerait dans l'idéal cette fine taille. Le Lièvre échappe à sa propre anatomie, sans paraître s'en rendre compte, et cette évasion inconsciente en dehors de ses contours intrigue le tisserand. Un jour, se promet-il, il trouvera de quoi le vêtir, de quoi le circonscrire, sans l'espérer pour autant. Mais tandis qu'il hausse les épaules à sa dernière remarque – il a depuis longtemps cessé de s'intéresser au pourquoi du comment des commandes de ses clients – la porte de la taverne s'ouvre pour laisser entrer deux jeunes femmes aux joues rosies. « Eh bien, me voilà de nouveau commun », déplore-t-il aussitôt avant de terminer d'avaler la crème au fond de son bol, l'œil posé sur la toilette des demoiselles. D'extraction moyenne, elles ont accordé leurs sombres jupes aux griffes vertes qui retiennent leurs chignons, leur col qui pigeonne légèrement et leurs poignets cerclés d'argent. L'une d'elles, le minois moucheté de fauve, interpelle le propriétaire des lieux.

Réduit un moment à n'être qu'un client, Echizen se voûte au-dessus de feu la tasse de thé remplie, là où pataugent les fameux joyaux de Mars. Nul besoin d'une expédition pour les retirer à ce substrat grisâtre, celui qui se dépose toujours sous la surface, de sorte que le tailleur n'a qu'à les essuyer dans un mouchoir pour les sécher. Il ne connaît que ceux-ci. Aussi loin qu'il se souvienne, le Lièvre ne s'en est pas séparé, et il se demande s'il est apparu dans cet univers avec eux, comme un porte-bonheur de son passé de terrien, l'ultime relique d'une vie perdue. Puis, du bout de l'index, il lâche un filament aux mêmes nuances, identiques aux chatoiements qui parcourent ces bijoux d'oreille. On eut dit un cheveu de pétrole, scintillant sous les lumières de la pièce. « Est-ce assez élégant ainsi ? » s'interroge-t-il dès lors tout bas, concentré sur ce fil qu'il se plaît à emmêler entre ses doigts jusqu'à former une trame aléatoire. À voir. Lorsque son compagnon reviendra en vue de préparer les commandes des dames, il lui demandera. Le questionnera sur n'importe quoi. Puisque, en vérité, celui-ci est sans doute trop modeste pour s'intéresser réellement à la mode. Il commencera avec nonchalance, façon : « Dis, Mars... » Mais il oubliera ensuite ce qu'il voulait déclarer, le remplaçant de suite par une autre corde, une autre maille à tresser pour atteindre le géant. « À ton avis, combien de tasses de thé faut-il boire pour s'enivrer ? Et si je suis soûl, me mettras-tu à la porte ? » Ha, c'est qu'il n'a plus tout à fait envie de rentrer, le garçon ; et dans le creux de sa main, les globules océaniques se voudront gage d'un pari ouvert.
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{ Sujet: Re: Nocturne ; Echizen Nan } ∞ { Sam 20 Juin - 1:09 }
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Il ne s'en préoccupe guère. Les sons qui traversent son esprit ne sont que les paroles d'animateurs radio dont il s'entiche. Les échos qui traversent son esprit ne sont que les mots doux d'amants oubliés, destinés à être aimé de par leurs traits angéliques tirés sur du papier glacé. Aussi, in ne s'en préoccupe guère. Aussi, le lièvre n'a le temps de reconnaître entre les tables les regards qui s'échangent dans le silence qui disparaît. Dans le silence qui ne pourrait qu'être violent s'il avait existé ailleurs. Mais les vérités sont encore cachées derrière quelques distractions. Il s'est simplement envolé, Andre. Il a simplement déployé ses ailes, lui qui était incapable de marcher. Et aussi s'est-il déplacé dans sa propre demeure stellaire. Les étoiles brillent à son plafond avant que déjà il ne rejoigne une planète restée seule dans les imbroglios de son espace réduit à un simple cristal polit. Oh, il aime ces couleurs mates qui s'échappe de ces lèvres, qui enivre l' irisation même de sa folie. Il sourit placidement, ce personnage sortit d'un imaginaire qui se voudrait conquis. Pourtant, n'aime-t-il pas les jeux, ce lièvre tourmenté de chimères aux allures de réalités, mais il l'aveugle. Mais monte encore le volume du chœur chantant au bas de ses poumons. « Je n'accroche jamais rien sur les portes. » répond-il en effleurant la douce ruse qui se veut liée à la moindre de ses paroles. « Je n'aimerais qu'on s'embrasse en dessous de la mienne si cela arrivait. » Cependant, bientôt disparaît cette solennité scellée par un chaste sourire étendant les lèvres d'un sot s'attardant sur les rebords de ses inepties. Pourtant, ne poursuit-il l'allégresse. Et Andre aime cette simplicité. Andre aime ces ponctuations qu'ils installent comme si cela avait importance. Il ne s'en préoccupe guère pourtant, lui qui possède déjà ses amis au premier étage, eux qu'il entend danser chaque soir. Leurs pas frappent le plancher. Leurs pas feraient s'écrouler ce qui pourrait rester des ruines d'un esprit autrefois affutés par une éducation sévère. Oh, il s'en rappellerait presque le parfum d'astres de toilettes de sa sœur penchée à son chevet. Oh, il s'en rappellerait même son nom, il la ferait presque redevenir compagnonne de son esprit par cette simple appartenance. Mais il n'en est question. Alors s'en va-t-il couler la liqueur en tasses séparées. [b]« Suis-je soûl ? » Il ne l'est. Sa condition n'est que le propre de sa drôle de dépendance, celle qui le ferait inventer de nouvelles sonorités pour voir s'émerveiller là, au creux de ses tempes, un public qui ne pourrait que l'acclamer. Bientôt le blanc si poli s'estompe derrière le jus qui l'a avalé. Bientôt celui-ci disparaitra à son tour, meurtri par les langues brulées de quelques clients. L'aller-retour comme un simple rayon de lumière. Il bondit, le lièvre. Il effectue ses tâches bien plus vite que ses réponses qui doucement se réduisent à des réponses qu'il ne saurait mieux inventer. Et alors, Andre retrouve sa place dans le sillage d'une paire de gemmes qui ne sauraient s'assortit pour une chasseresse. Il prend un air grave, il laisse reposer l'air songeur de sa mort au profit du flottement de sa vie. « Si tel est le cas, une tasse suffit. » Il s'exécute. Il laisse à nouveau siffler dans une quiétude qu'il ne ressent pas, sa douce théière. Puis il sort encore son service qu'il n'oserait tâcher, qu'il fâche encore par la morsure de breuvage en tout genre. « Si tel n'est pas le cas, deux tasses il me faudra pour oublier la première. » Le lièvre soutient encore le regard de ce premier client qui n'en reste pas moins rare de pour son exotisme inexpliqué avant de le servir. Cependant, il ne possède plus de glaçons, cependant, même l'étrange sucre qu'il aurait pu trouver s'est égaré dans une tasse laissée mourant sur un champ de bataille oublié. Cela n'a guère d'importance, il lui reste encore ses doigts comme cuillères et ses larmes pour façonner les décors de sa porcelaine. Il se met à rêver, Andre, alors que fume encore le thé qu'il sert en guise de trêve à ce qu'il appelle un ami. « Suis-je soûl ? » Cela donnerait du sens à la scène. S'il n'était qu'ivre, ce lièvre de Mars, sans doute jamais ne serait-il resté dans ce temps éternel, dans cette partie qui ne cesse de recommencer sans que le chapelier ne lui ai façonné de quoi s'abriter des rayons lunaires. Alors, il s'inquiète en laissant flotter ces pensées : « Tu devrais protéger cette blancheur, il paraît que les coups de lunes peuvent l'aspirer aussi vite que la journée achevée. » Avant de laisser s'évanouir ces enfants morts nés au fond d'une eau brulante dans laquelle n'a reposé aucune herbe. Ce soir ne sera-t-il saoul, par force des choses, ou par hasard volontaire.
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{ Sujet: Re: Nocturne ; Echizen Nan } ∞ { Sam 20 Juin - 15:08 }
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Oui, combien de tasses, de temps, de casses avant qu'il ne soit mis dehors, accroché par le col à un montant de porte comme un vulgaire grigri, comme une mise en garde contre les méfaits du théisme ? S'il avait su repousser les forces maléfiques, il se serait engagé chez les Pacificateurs, ces fiers amiraux d'océan combatif, si bien qu'il n'aurait probablement jamais rencontré cette sylphide lovée en son royaume aromatique ; les bouquets d'ail et les cœurs chauds cloués sur les battants de bois feraient sans nul doute du meilleur travail, aussi remercia-t-il les vieux contes de sorcières de ne pas préconiser les tisserands comme ingrédient magique contre le mauvais œil. Même ivre d'herbacées, il demeurerait donc à l'intérieur, assis à ce même comptoir en oubliant de compter les heures, et l'image lui plaisait autant qu'elle le répugnait. Toutefois, ce qu'il appréciait encore davantage, quoiqu'il n'en connut ni la cause ni la défense, se mussait à cet instant entre les lèvres du Lièvre, dans le drapé de son sourire et dans l'écho de ses paroles qui s'évaporent dans son sillage. Et le voilà qui file, non sans avoir suspendu au silence une question sans réponse, abandonnant Echizen à ces choix innombrables ; s'il est soûl ? Toujours. Non, jamais. Il vit dans ses vapeurs de vanille et de bergamote, fluctue au gré des volutes échappées d'une bouilloire, grisé par ce monde en noir et blanc, par cette existence entre chien et loup. Alors, sans doute l'est-il. On ne saurait pourtant faire plus sobre, car il ne possède pour toute fantaisie que cet imaginaire bavard au creux de son esprit, oh, amplement suffisant pour lui assurer la folie, mais sans apparence, sans physionomie. Une ivresse invisible, dissimulée dans une gorgée d'ambroisie.

Pour une tasse, donc. Avis aux amateurs. Puis une autre pour effacer les traces, et une dernière pour clore la boucle, la sainte trinité de la cuillère, de la tasse et de la soucoupe. C'est peu cher payé pour un aller sans retour. C'est qu'il se laisserait presque tenter, le tailleur, puisqu'il y a dans cette redondance les prémices d'une invitation venue fendre sa bouche d'une ligne d'émail. « J'aimerais voir. » Il ne devrait pas l'encourager de cette manière, Mars, surtout pas. Ne devrait pas lui esquisser des paysages inédits, du bout des syllabes, pour ne lui glisser ensuite que quelques couleurs au fond d'un verre. Parce qu'Echi, digne rejeton de la frustration, ne supporterait pas de ne pas achever le tableau, il voudrait connaître pour mieux s'en défaire, savoir pour ne plus être tenu par le mystère. Et il en oublierait presque qu'il en est ainsi depuis le début, que ce n'est là qu'une énième dérobade servie sur un plateau de céramique, une pirouette de gibier qui échappe au chasseur. Mais un jour, il l'attrapera. En attendant, il se contente de crocheter l'anse du bol avec l'index avant de le porter à hauteur de gorge, de quoi se mirer à la surface fumante. Est-ce là où se cache cette blancheur dont parle le barman, cette limpidité qu'il doit souiller de parfums sucrés ? Ou bien faut-il chercher au-delà, cette candeur qui redoute la nuit et ses lames de crépuscule ? D'un mouvement de tête, l'artisan vient désigner les étagères derrière le tenancier tandis qu'il repose le récipient dans un frisson de porcelaine. « As-tu de la pêche de vigne ? Si cela ne suffit pas à la protéger, au moins serais-je certain de m'enivrer dès la première gorgée. » De toute manière, avec un nom pareil, il croit dur comme ciel que le simple arôme subviendra à son vertige – et si ce n'est pas assez, il en boira deux autres tasses pour oublier la première.

Alors il observe le serveur bouger pour lui, agiter son squelette pour lui fournir de quoi combler ses caprices, à lui l'enfant sous ses habits princiers, et il se sait bien fantasque que de requérir de tels goûts. L'indulgence du Lièvre à son égard n'a d'égale que son talent pour diriger son territoire liquide ; en vérité, c'est peut-être pour cela que le tisserand ne peut se réfugier qu'ici s'il désire un élixir, parce que le télépathe ne lui reprochera jamais de commander de l'hydromel ou une crêpe dans un établissement estampillé salon de thé, parce qu'il ne dardera jamais sur lui les deux miroirs de son âme pour blâmer ses excentricités. Ici, sous l'égide de Mars, Echizen se sent en paix, loin de ces autres planètes qui ne l'acceptent qu'en orbite, à des lieues de la cité. La mine trouble, il remue l'océan miniature entre ses doigts, puis se hâte de la dissiper au creux d'une nouvelle confidence, à demi-murmurée : « Récemment... Les nouvelles circulent mal du côté d'Oz, mais l'on entend des rumeurs. Des histoires d'Ombres. Oh, la plupart sont sans doute cousues de fil blanc, n'empêche que les gens se remettent à craindre la nuit. » Une lampée de breuvage ne parvient qu'à peine à illuminer son malaise. « Tu me le dirais si tu avais des ennuis, n'est-ce pas ? » Ce n'est pas tant qu'il appréhende cette perspective ; l'enchanteur saura se tenir à l'écart de ces ténèbres qui ne peuvent s'introduire entre ses côtes. Cependant il s'empresse de camoufler ses propres tensions – les vieillards de Padim ont la névrose facile et la méfiance communicative – sous une épaisseur de peau de pêche et d'indolence.
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{ Sujet: Re: Nocturne ; Echizen Nan } ∞ { Sam 20 Juin - 19:17 }
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« Elles naviguent quand les arbres s'indignent. Elles courent les rues plus vite que mes amis. » C'est ainsi qu'elles naissent dans son esprit. C'est ainsi qu'il imagine les pas feutrés d'être évanescent penchant avec les branches gouttant le long des allées une fois le vent levé. Mais elles ne préviennent pas. Mais elles n'ont que la forme qu'on leur prête par des récits contés d'une oreille à l'autre. « Je ne les entends pas. » Sont-elles brouillées par l'ordre qui n'existe dans ces pensées froissées ? N'osent-elles parler à ceux qui encore, entendent ce qui ne saurait le concerner ? Le lièvre ne se pose la question, les peurs même qui entre dans la danse ne sont qu'une nuance dans son kaléidoscope. Ses mains s'agitent et il abandonne ce nouveau compagnon qui logeait au creux de ses mains. Il est sans doute fatigué, Andre. Épris de trop de chose pour les désirer. Épris de trop de choses pour laisser s'ouvrir ces paupières fermées sur les drapés enroulant son logis. Il aimerait sans doute encore briser le sablier. Et l'homme venant d'une planète lointaine serait alors sûr de retenir près de lui les lumières profondes qui plairaient à Alice. Il serait temps de lui servir à elle aussi une récipient divinatoire miroitant les courbures d'un monde si droit. « Mais qui sait ? Peut être me contenterais-je de leur servir quelque chose à boire. » Pourtant, l'idée ne convient guère à son esprit qui s'endort doucement au levé de la l'astre lunaire. Il ne saurait voir les chastes éclats naissant dans son bras s'estomper pour laisser place à une valeur se fondant dans sa chevelure. Et ses doigts ne trouvant prise se contentent d'apporter à ceux qu'ils ne sauraient envelopper ce qui a demandé. La maison retournée se transforme bric-à-brac. Le lièvre laissant le sort s'affaisser redevient humain. La radio diffuse encore ses ondes, ses délicates illusions qu'il aimerait prendre dans ses bras. « Suis-je soûl ? » laisse-t-il encore emperler sur le bout de ses lèvres entrouverte. Et la question dans un soupir se propage comme une bouffée tirée d'une cigarette. Le tabac dans les veines, l'alcool dans les yeux et les attraits innocents des liaisons inachevées dans ses cernes s'agrandissant. Sans doute l'heure s'apprête. Sans doute l'heure revêt ses habits ensablés de rêves frappant à sa porte. Il n'a jamais ouvert, Andre. Aussi il reste là, laissant venir l'aurore qui ne viendrait que bien tard. L'ironie de ses prunelles s'étend doucement dans ses veines comme un poisson fulgurant. Mais rien ne se passe. Et il reste là. Sans doute a-t-il déjà vécut cela. Sans doute se le rappellerait-il entre deux escapes dans les eaux paisibles de son éden. Mais il reste là. « Il n'y a rien qui ne saurait quitter mon esprit, si ce n'est que tes propres ennuis qui s'y glissent. » Il lui dira. Il lui inventera des formules dignes d'un bon physicien en fuite qu'il saura déchiffrer puisque sa vérité ne diffère que de par sa forme. Ses fil après tout ne peuvent que ressembler à tant d'autres, simplement tissé d'évanescent et de non-dit caché entre chaque sonorité naissant du feu de sa bouche. Il lui dira. Lui transmettra encore ses belles missives se passant de papier, de parfum transposé sur ses baisers d'adieu. Mais cela n'a d'importance. Ce qui se passera au prochain chapitre n'altèrera son être être déjà dépouillé de réactions, déjà comblé de pragmatisme mélancoliquement évolué en hybrides au crocs acérée. Lui n'est carnivore, lui ne pourrait que se concentrer sur ces aboiements réceptifs à sa pensée. Ces cris glaçant encore les échos qui ne sauraient atteindre la surface de l'entendement. Puisque ce qu'on lui demande ne saurait jamais retourné ou du moins le pense-t-il. Il a l'habitude, Andre. « Mais je ne les entends pas. » Il ferme les yeux, doigts perdus entre sa chair et les fluidités de l'air. Il ne pourrait que percevoir la mélodie formée ici sans en distinguer les notes. Sans doute Echizen ne chante-t-il pas assez fort, sans doute ne laisse-t-il pas sa voix s'envoler comme les tracas que retiennent ceux qui se sont vus attribuer des rôles trop importants pour leurs origines. Le lièvre lui, reste là, se contente de faire marcher sa folie, de lui faire prendre forme comme un soufflerait le verre. Il existera encore lorsque l'image se reformera à ses yeux, lorsque le monde tournera à gauche puisque son personnage ne saurait qu'être ce gris teinté de malice que possède chaque recoin du monde qu'il habite. Puisque déjà, son âme s'est envolée sans entendre les contrariétés de l'homme qui aimerait s'enticher des siennes. Puisque déjà, le lièvre a cessé de subsister dans bien des mondes. Ici il dure encore le temps que naisse des ombres qui ne sauraient atteindre les lumières de ses étoiles pendues au plafond, souffler les bougies qu'il allumerait alors.
The traffic light of the intersection drooped down



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{ Sujet: Re: Nocturne ; Echizen Nan } ∞ { Dim 21 Juin - 1:14 }
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Il se demande pourquoi il a laissé glisser ces mots hors de ses poumons, pourquoi son larynx n'a pas mis le haro sur ces effluves nerveux de sans-cité ; il ne devrait pas s'inquiéter ainsi ni même envisager autre chose que son exil bleuté, alors pourquoi en plus en faire part à la seule personne qui s'en soucie sans doute le moins, le Lièvre sans queue ni tête, égaré dans son palais de cristal ? Après tout, ce n'est pas comme s'il était en danger – saurait-il ne serait-ce que le voir arriver s'il se présentait devant lui au détour d'une venelle ? – mais parfois, oui parfois, il semble si candide que l'on rêverait de ternir sa brillance, de corrompre la bile déjà noire qui coule dans ses prunelles. C'est un appel à la souillure, cet homme famélique, une incitation au crime qui ferait le régal des âmes déchues. À l'admirer ainsi, un tremblement au creux des paumes, il paraît trop pur pour ne pas ressentir l'envie d'affoler sa conscience, pour ne pas essayer de l'entraîner sur le fil du rasoir où il ne manquerait pas de vaciller. Et cette illusion qui s'évanouit soudain dans une arabesque fumeuse trouble Echizen au plus profond de sa tasse. L'espace d'un battement, il oublie les raisons de ce nœud à son poignet, juste avant que son compagnon, avec sa langueur légendaire, n'en balaye les ultimes boucles. Ne reste bientôt plus que des bouts de ficelle inoffensifs, d'anciennes chutes de tissu qui ne mordent plus, que le tailleur s'empresse de déchirer d'un sourire revenu. « C'est vrai, tu en serais capable. » Le véritable enjeu étant de savoir de quoi il ne serait pas capable ; c'est peut-être là, en vérité, que se mélangent les couleurs de son ivresse.

Dans un recoin de son ouïe, les demoiselles bavardent avec gaieté tandis qu'il prête attention aux soupirs de l'enchanteur. S'il n'est pas déjà saoul, le silence ne tardera pas à s'infiltrer dans ses veinules pour y répandre sa musique, et alors l'épuisement le saisira, par les oreilles ou la peau du cou, au choix, jusqu'à ce qu'il ne reste de lui qu'une carcasse somnolente derrière le comptoir, blanche victime des heures sombres. Ne t'endors pas, Mars, car les planètes ne souffrent aucune nuit. Mais si tu crains la torpeur ou la solitude, si tu t'imagines des embrassades avec l'absence, cette fille facile qui traîne dans les faubourgs noirs de monde, tu peux retenir une poignée de fils à accrocher à tes phalanges, tant qu'ils s'agitent encore devant toi. Après, il sera trop tôt ; le jour aura repris ses droits, la lune se sera endormie dans ses draps de brume et tu seras seul sous ses dalles qu'éclairent les astres du plafond. Éclat de porcelaine contre des incisives. Le souffle long, le tisserand souffle de nouveau sur le liquide brûlant ; paupières à demi-closes par la prudence, il écoute ces voix que le télépathe n'entend pas et l'amertume affleure sur sa langue, distillée par le thé autant que par les mots. « Excuse-moi de t'infliger ces tracas ; si tu ne les entends pas, il vaut mieux. Reste tel que tu es. » Une chance qu'il soit parvenu à noyer le fiel de ses réflexions dans quelques centilitres d'eau chaude. Une seconde plus tard et il étend ses bras pour toucher le firmament, s'étire dans un bruissement de lin et expire un air vidé de tout embarras.

Les aiguilles ont dégouliné de leur cadran sans qu'il ne cherche à les ramasser. Lorsqu'il rouvre les yeux, les contours des objets se sont habillés d'un halo trouble, comme une couronne labile, de telle sorte qu'il croit voir pointer les premiers signes d'un enivrement qu'il pensait farfelu, fruit des amours de Mars et de sa folie. Il ne pourra plus rentrer, désormais, puisque l'éthylisme sur la voie publique est puni d'une amende qui ne ressemble en aucun cas à celles qu'il aborde sur son visage, ah, quelle malchance, ce n'est pas moi m'sieur l'agent mais vous ne me croirez jamais si je vous dis que je n'ai pas bu une goutte d'alcool de toute la soirée, oh, je vous jure sur la tête du Conteur, vertuchou, c'est une regrettable erreur, c'est la pêche de vigne la responsable, l'enchanteresse ! Echizen ravale un rire ; une nouvelle fois, il s'est dévêtu de son humeur pour une autre, délaisse une réflexion pour sa voisine à la démarche plus tendre, celle qui ne fait pas de bruit lorsqu'elle vagabonde dans son crâne, celle qui est trop gaie, celle qu'il aime parce qu'elle demeure son impeccable reflet. « Tu as raison pour le thé. Comment est-ce possible ? » Et il finit par rire, ses doigts en paravent, par rire de sa bêtise et des tensions futiles qui ne doivent leur existence qu'à la douceur du soir. Par rire de lui-même, en train de s'abreuver de l'essence d'un conte dont est sorti son acolyte, rire à la santé d'Alice. « Mais si je suis saoul moi aussi, je vais raconter n'importe quoi. Il ne faut pas. Raconte-toi plutôt, Mars. Que t'est-il arrivé depuis la dernière fois ? C'était... hum... au quart de lune, si je me souviens ? Le temps file à une vitesse ! » Ce n'est sans doute pas le lapin blanc qui dirait le contraire. La joue venue s'appuyer dans sa main, le garçon pose alors l'anthracite de ses yeux sur le Lièvre, toute attention dirigée vers celui-ci, prêt à recueillir ses histoires pleines de silhouettes translucides.
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{ Sujet: Re: Nocturne ; Echizen Nan } ∞ { Dim 28 Juin - 1:26 }
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Flots ténus découpés dans ce qu'il appellerait ataraxie et qu'il pourrait ressentir alors parmi les nuageuses senteurs flottantes autour de sa chair. Mais que s'est-il passé ? Il a du oublier, Andre. Il a du noyer ces souvenirs dans les aromates ébouillantant ses papilles sans même s'en rendre compte. Aussi pourrait-il garder des mots dans la réserve de ses névroses, mais toujours le lièvre ne peut que se contenter de les laisser ricocher ici et là. « Ha, je suis sûr qu'il s'agissait d'une histoire de pénombre. » L'eau se trouble, se laisse souiller de quelques rides innocentes provoquées par les pierres jetées depuis le rivage. Il n'a jamais vu la lune. Il n'a jamais osé lever les yeux jusqu'à elle de peur d'en demeurer aveugle. Alors, comment pourrait-il savoir ? Pourtant a-t-il les pieds dans l'eau, pourtant s'enfonce-t-il encore dans ce lac aux brumes éternelles. Sa folie comme mon étoile filante, comme un simple vœux emplissant ses veines s'écrase à nouveau au creux de ses reins. Cependant, il se lève, laisse glisser sur ses manches ses pensées retenues par tant d'autre. Il a oublié. « Qu'était-il censé m'arriver ? » Il se ne passait grand chose dans le monde où il vivait. Il ne se passait que milles et une nuit bientôt écrasées dans claquement de doigts. Le sel monte à ses narines, le sel vient râper sa douce acrimonie. Quelle heure peut-il être ? Dehors encore rôde les rêves des enfants s'endormant, mourants sur ses carreaux comme une pluie soudaine. Sans doute n'est-il que trop distrait, sans doute n'est-il que passif dans ce monde qui tourne encore, qui aimerait le faire valser sans savoir que le lièvre danse depuis sa naissance. Et qu'il dansera encore, dans ce temps brisé, fixé sur son éternelle partie de thé. La marée monte, emporte son orchestre qui doucement se remplit de songe à l'image de cauchemars ou de non-dits. Il est l'heure de l'inconscience et déjà il n'entend plus Echizen. Il s'est perdu sans doute entre les lignes formées par les cuivres se lassant. Il se fatigue vite, le lièvre. Il en devient vite à cours d'histoire, à cours d'histoires fictives se voulant réelles. Il a oublié, la sienne, le reste de ses paroles bien alignées comme ses verres sur ses étagères au bois si bien ciré. « Il ne se passe pas grand chose ici : le temps ne file pas autant que tes étoffes. » Il se laisse glisser, encore. Il laisse son entité se sacrifier, partir s'abandonner dans les bras de Viviane. « Alors, je ne me souviens plus. » Il revêt son manteau de sincérité, il revêt son manteau de banalités si bien tissées. Et puis doucement, il s'inquiète, il laisse naitre au creux de ses pupilles le reflet de ce qu'il ne semble maitriser ; de ce qu'il est et ne cessera d'être. « Qu'ai-je fait des mes biens ? » Il porte ses doigts encore à ses lobes d'ivoire. Ils ne sont plus, les deux fidèles de ses nuits. Ils sont sans doute partis se délecter d'une soirée nocturne et à cette idée, il redevient Andre. Sans doute repousse-t-il ce qu'il ne saurait nommer, sans doute fuit-il ce qu'il ne saurait voir ou affronter de par quelques sorts bien jetés, cependant, le résultat ne semble se défaire sous le poids de l'air brassé. Aussi revient-il s'appuyer derrière ce comptoir. Aussi revient-il à sa place, l'unique mètre carré supportant son volume exact. Il coule un regard ici, là, encore plus loin avant de soutenir quelque instant celui dont il n'a pris conscience. Echizen est-il seulement là ? Echizen est-il seulement réel ? Andre ne voit. Andre toujours à été aveugle, caché derrière la cécité d'un lèvre y remédiant par un trouble si différant, qui ne se révèle attrayant que pour les personnes déjà déchues de toute logique. Il laisse redescendre sa main. Il laisse pianoter ses doigts sur ce menton d'homme auquel il ne prête attention. Il n'est qu'un squelette s'agitant sous de pâle ficelle qu'on ne saurait transformer en châles scintillants. « Sans doute suis-je pris dans un trou noir ? Non… » Oui, sans doute est-il pris dans une brèche, une tanière de lapin aux allures de sorcellerie. Sans doute est-il pris dans une horloge sans anguille qui saurait alors se passer de temps. « Comment appelle-t-il cela ? » Il soupire. Le lièvre se demandant quel vocabulaire on n'aurait pas inventé. Mais peut importe. Il a oublié. « Sans doute que le marchand de sable a dérobé les grains de mon sablier. Je ne lui en veux pas, j'ai toujours trouvé cela trop poussiéreux. » Et alors, les vagues se retirent sans avoir taillé les rochers formant la plage de son esprit. « Il finira par te visiter aussi, c'est un fait. »
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{ Sujet: Re: Nocturne ; Echizen Nan } ∞ { Mer 1 Juil - 19:44 }
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Quel récit contera le Lièvre ce soir, au coin du bar, un recueil de fables au fond de la tasse plutôt que sur ses genoux ; quel monde fera-t-il danser du bout de la langue, depuis les anfractuosités de ses poumons ; quelle fantaisie trouvera grâce à sa voix pour combler un auditoire suspendu à ces quelques mots, ces quelques phrases jetées comme autant de gouttelettes parfumées sur la surface du zinc ? Nul doute qu'il saura dévider les pelotes, dénouer les ficelles d'un formidable théâtre de marionnettes dont il serait seul personnage. Alors Echizen, la gorge quémandant son breuvage et l'esprit sa pitance, joue la patience, joue l'impatience, l'une après l'autre, trois petits tours et puis s'en vont. Oh, une histoire de pénombre, voilà qui promet. Assez de lumière, assez de ténèbres, tout n'est que nuance, tout est histoire de gris et Mars ne le sait que trop bien, lui qui en a fait son empire, lui dont les pinceaux connaissent chaque spectre d'obscurité sans jamais accueillir ni le noir le plus pur ni le blanc le plus clair. Morose. Mais n'est-ce pas là, dans cet équilibre factice, que se love la vérité ? À ces mots, le tailleur dévoile un collier de perles entre ses lèvres. Il pourrait lui arriver des choses fabuleuses, à cette créature nocturne, et d'autres plus graves, quoique tout aussi merveilleuses ; par ailleurs, il a la malheureuse chance d'avoir déjà vécu, avant, d'avoir un passé par-dessous son passé, un caverne secrète où puiser des réminiscences aux ailes poudrées, de celles qui se désagrègent dès que l'on ose s'en approcher. C'est ainsi, les Enchanteurs sont des élus maudits, des saints abandonnés par leur dieu. Et parce qu'Echi n'ignore pas cette réalité, il n'ignore pas non plus que jamais, à l'immense jamais son compagnon ne pourra lui raconter ce qui lui est arrivé durant cette existence-là. Donc il se contentera du reste. Sauf qu'il n'y a pas de reste. Il n'existe qu'une chape d'oubli, une marée laiteuse où s'enfoncent les souvenirs. Un lieu sans couleur, sans odeur, sans saveur, un endroit vide de tout et de rien, triste à désirer la mort, puisque là-bas tout est déjà mort, et là-bas flotte parfois le Lièvre. Pourtant, il n'y demeure pas bien longtemps, juste assez pour frustrer le tisserand et voiler son sourire d'un drap nuageux.

Les trous noirs sont d'un compliqué. On s'y prend les pieds, on y tombe jusqu'au cou, ils se piègent dans les vêtements et forment des accrocs par où percent les étoiles. Le barman n'habite probablement pas un trou noir ; tout au plus son terrier en a-t-il l'allure, mais on ne peut y balancer des fusées spatiales pour remonter le temps, pas plus qu'on n'y engouffre ses années entières, des années-lumière, dans l'espoir de changer ce qui ne pourrait l'être. Non, c'est autre chose. Une histoire de sable, semble-t-il. Une histoire de fines particules en suspension dans l'air, une matière plus subtile que l'oxygène, plus primitive que l'azote, et qu'un certain marchand de sable aurait subtilisée. Voilà le coupable. Et à ce nom, à cette perspective d'être volé à son tour, Echizen s'effraie autant qu'il s'indigne : « Ah non, plutôt s'empierrer ! » Menace ultime pour un homme qui fuit l'immobilité. Devenir roche, qu'elle soit menhir ou montagne, transforme le trépas en un choix infiniment plus doux, plus acceptable que de se fixer pour l'éternité en haut d'une colline ou au creux d'une vallée afin d'y subir l'assaut des éléments jusqu'à érosion complète. « Le marchand de sable ne m'aura pas. Je refuse ! » Piètre éclat de voix, presque fier, qui accompagne son sursaut. D'un bond, le voici debout, agitant ses étoles au fil d'un tourbillon, ne s'arrêtant que pour saluer d'une révérence les demoiselles toujours attablées. Elles pouffent devant cet hurluberlu aux mouvements liquides, et c'est tellement joli, une fille qui rit avec gêne. Cela n'irait pas à Mars. Il n'est pas joli, Mars, il est beau. Mais beau comme bizarre, comme le bout d'un marabout en sa tanière d'arômes, beau comme une lueur verte à l'extrémité d'un promontoire, comme une bouteille à la mer qui n'atteindra jamais le rivage. Et le tisserand esquisse un, deux, trois pas, pour chasser l'audace, pour virer le spectre du voleur de sable qui risquerait de le visiter. Il ne veut pas oublier, lui, ne veut pas qu'on lui dérobe la dune patiemment amoncelée à l'intérieur de son être. Il aime la poussière, les éclats lumineux qui dansent dans un rai de lune ; il chérit ces secondes qui ont tissé plus d'étoles qu'il n'en tissera durant sa vie, une à une, inlassablement, depuis sa naissance. Il veut se souvenir.

« Tu ne devrais pas le laisser faire, Mars », reprend-il enfin en revenant vers le propriétaire du salon. L'inquiétude a cédé la place à un sentiment tenace, le genre qui ne s'envole pas dès que l'on souffle dessus. « Ce n'est pas grave s'il t'enlève quelques grains ou si tu oublies où tu as mis tes affaires. Ce sont des choses qui arrivent. Mais si tu le laisses tout prendre, imagine ? Qu'est-ce qu'il restera si ton sablier est vide ? » Il n'ose l'envisager, bien qu'il doute que cela touche particulièrement son ami. Peut-être cette perspective n'a même pas encore parcouru son âme, l'abandonnant insouciant selon son habitude, innocent à outrance, aussi délicat qu'un phasme sur une tige d'angélique. Peut-être Echi est-il le seul ici à craindre l'oubli, et c'est pourquoi il file sans fin en vue de lier les êtres entre eux, de les garder attaché à lui sans se nouer lui-même, avec un égoïsme enfantin, une prétention affolée. Peut-être. Ce serait trop simpliste. Cependant, l'idée qu'une main extérieure s'immisce entre Mars et lui, qu'elle se permette de couper la ficelle entre eux et de s'emparer du tailleur pour le faire disparaître de l'esprit du Lièvre, pour le rejeter loin avec tous leurs souvenirs communs, lui est inadmissible. Ça lui flanque même des envies de thé, alors il se rassied d'un coup, le visage cousu de cette malice qui lui va à ravir, et ouvre sa paume en direction de l'Enchanteur. Entre ses lignes de vie et de cœur, par-dessus les traits de tête et de chance, viennent ainsi rouler deux orbes de nuit, dérobées un peu plus tôt. Et l'artisan, penché au-dessus, de faire couler son regard vers leur propriétaire. « Souviens-toi au moins que je veillerai à ce que tu ne m'oublies pas. »
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{ Sujet: Re: Nocturne ; Echizen Nan } ∞ { Jeu 2 Juil - 14:44 }
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« Cela fait longtemps qu'on m'a pris mon sablier. » Penche la nuit au creux de leurs oreilles, penche la nuit dans les traces laissées par leurs ombres s'évaporant face à la lumière déversée. Bascule l'atmosphère dans une obscure ambigüité dissimulant l'unique vérité qu'il oublie avec le reste. A quel rôle avait-il été employé ? Ils l'ignorent tout deux, l'un ne pouvant surfiler la vérité, l'autre se contentant de l'apercevoir encore les tumultes d'une tasse de thé s'approchant de sa chair. Galopent-ils encore, les démons dans son esprit. Fuient-ils encore les fragments d'un passé qu'il ne cherche à recoller. Ce n'est qu'une pause, un chaste refuge bientôt enflammé par les morsures de crocs se dévoilant dans l'obscurité ornant leurs peaux si exactes. L'unique sujet froissant encore la conscience de leurs êtres chimériques ne sauraient être traduit de vastes mots aussi le lièvre laisse-t-il courir l'indice. Aussi laisse-t-il rebondir les appels qu'on lui adresse, les réclamations se voulant ignorées. Il coupe alors le brouillard de sa silhouette levée, symétrie exercée dans un plan si singulier. « Je me contente de mes poches. » Il les retourne du bout de ses doigts. Deux bouts de tissu raccommodés par des mains distraites, bien trop occupées à servir quelques boissons. Mais elles sont encore vides, remplies de poussières qui ne sauraient devenir mémoire. « Alors, j'espère que tu m'en coudras des nouvelles. » Il acquiesce, Andre. C'est une évidence. Le lièvre encore viendra frapper à sa porte pour contempler les drapés qu'il ne saurait organiser sur sa silhouette ou sur les contours de sa baraque. Il viendrait encore lui quémander de belles attentions bordées de fils dorés qu'il ne voudrait qu'arracher, qu'enfiler dans ses poches pour les laisser remplies d'un vide bien plus beau que celui dans lequel il glisse. Cependant, qui a-t-il de plus beau qu'un être en perdition ? Sans doute n'est-ce là que les pensées de son sauveur, de son patron aux allures d'un livre de conte replié sur lui-même. N'est-ce pas lui qui alors, lui accorda la présence de régulier client dans les profondeurs de ses cavités ? Oh, il en creusera encore des milliers de crevasses le lièvre, se demandant alors ce qui empêcherait Echizen de doucement les recoudre, si ce n'est son propre divertissement. Mais ces pensées glissent encore doucement dans l'eau glacée pour laisser place à la suite de l'histoire. « J'étais convaincu que le marchand et toi deviez être de bon amants. » Des amis de longues dates auxquels on ne pourrait que marier leurs sonorités. Il sait, évidemment qu'irait faire celui qui peut tisser des songes concrets aux côtés de ceux qui ne les fait paraître que banalités enfantine ? Alors il sourit au creux de sa porcelaine troquée contre du cristal n'ayant encore sonné dans ses canines. Il n'est qu'un sot n'osant dévoiler ses intentions. Quelles sont-elles ? Il les a oubliées, le lièvre bondissant trop vite pour s'inquiéter de ce qu'il laisserait derrière. Elles se sont enfuient alors, ces galantes préméditations comme le ferait ces êtres attablés dans son logis. Celui qui porte le nom d'un ancien dieu n'y prête attention, à elles ou à celles qui doucement laissent trainer leurs oreilles. Il n'a jamais aimé et n'est-ce sans doute là que le fantôme de son beau sablier d'argent translucide. Il n'en doute pourtant. L'ouvrier saurait s'éprendre doucement des images reflétées dans les coulées de sable de son collègue. « Oh, il te ferait rêver. » Et il aurait sans doute bien plus d'histoires façonnées dans ses pierres taillées que dans les joyaux effleurés de sa méchante folie. Alors il laisse son squelette se briser une nouvelle fois sans rencontrer de rocher. « Après tout, tu dois aimer ce genre de voyage, non ? » Et puis, il n'aurait à bouger de sa belle bâtisse soulignée de sa nature si rude assortie à ses traits crayonnés d'une main aux allures féminines. Ce serait sans doute un passe-temps comme un autre pour celui-là qui ne saurait quitter sa place tant que la nuit rôderait encore à la place des bandits siégeant sur les beaux quartiers d'Alice. Non, il ne se laisserait perdre la tête.
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{ Sujet: Re: Nocturne ; Echizen Nan } ∞ { Mar 7 Juil - 19:11 }
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Mars, dépossédé de tout jusqu'au réceptacle même de ses heures passées. Mars, qui n'a pas vu les ombres rôdant aux abords du bois où il court, nez au vent, la tasse amoureusement portée à sa bouche. Mars en exil, en orbite autour d'un monde où les stations spatiales se sont crashées depuis des siècles déjà, et dont il ne demeure en suspension que des débris, des poussières ramassées par quelque artisan voleur. Ah, certes, l'espace n'a pas encore livré tous ses secrets ; il est un mystère à quatre-vingt-seize fils, lesquels donc conduisent au terrier du Lièvre, à sa tanière obscure. Il doit tout de même exister, entre Alpha du Centaure et la lune Andromaque, une infime étoile noire où il s'est réfugié, où il dessine à l'encre de ses yeux des souvenirs qu'il n'a jamais connus. Une mémoire rupestre qu'Echizen aimerait voir étalée devant lui, à ses pieds sans qu'il ne la foule, dans ses mains sans qu'il ne l'affole, mais il se tait car il ignore encore ce vœu inavouable. Les poches, au moins, ont le mérite de se contenter des doigts qui les tirent hors de leur cachette, petits insectes de tissu que délogent de longues phalanges. Et cela fait sourire le tailleur, qui s'imagine presque découvrir un trou de misère dans l'une d'elles. Eh non. Les poches de Mars ne sont pas des cratères, tout juste des puits où il n'y a de la place que pour une seule et unique main – solitaire jusque dans ses fripes, le barman. « Je n'y manquerai pas » promet-il aussitôt, se gardant de laisser sa langue ricocher sur quelques mots bien plus engageants. Avec ce futur affluent ainsi les idées, les croquis songeurs d'une ou deux nouvelles pièces, se trament et se découpent des patchworks virtuels ; l'enchanteur sait-il qu'il vient d'enclencher une admirable machine à produire des fantaisies ? Sans doute. Quoique avec cette créature de conte, c'est surtout une redoutable folie qui huile les mécanismes.

Cependant il n'y a pas que l'art des étoffes qui se file. Celui du verbe possède ses plis délicieux et ses sordides accrocs et le tisserand y trébuche soudain, surpris par les propos de son ami. Grand bien lui en a pris de ne pas s'abreuver à cet instant, car il en aurait eu les larmes aux yeux et la gorge en feu. Un danger de fausse route, qui ne concerne finalement que cette conviction sortie d'un chapeau magique. Le marchand de sable et lui. Quelle plaisanterie. On a dû se tromper de sens, mauvaise signifiance plus que mauvais mot, c'est le décalage terrestre qui fait effet à rebours, oui, médiocre explication et pourtant, il s'en trouve si stupéfait que même le rire lui fait défaut. C'est un Gardien et qui dit Gardien dit Pandorium, cette boîte de Pandore d'où jaillissent d'inconditionnels sentiments et de naïves espérances. Les piliers de ce monde inversé, toujours prompts à aider, soutenir, encourager, aimer à l'excès un prochain qui ne le mérite pas davantage, odieux statut que celui-ci. Encore ne serait-il visité qu'entre deux lancers de sable, précédemment dérobé au Lièvre, pour ensuite se réveiller avec des graviers plein les draps, façon princesse au petit pois, et se voir ôter le privilège de le quitter le premier, à pas de loup, dans la tiédeur de l'aurore ? Il n'y a aucun rêve là-dessous, aucun songe familier. Toutefois, ce n'est pas cette absence de liens qui froisse Echi. Ce n'est pas l'audace du contexte qui plisse son front d'un trait chagrin. Une lointaine fêlure clapote à la surface de son thé.
« Rêver. Rêver. Ce ne sont que des mensonges qui brillent plus fort que les autres. Je ne voyage que par vérité. » Ce qui se rêve n'existe pas, n'est-il vrai ? Ce sont d'évanescentes mélodies, des contours translucides qui s'évaporent sous les caresses, des papiers de riz que la réalité déchire sans une larme, avec une cruauté de reine sanguine. Bien sûr, l'on criera au blasphème en ce territoire de pure magie, l'on portera ces mots durs comme motifs anarchistes, le sans-cité qui cite des calomnies à l'encontre des Gardiens. Les intellectuels rueront dans les brancards, élèveront le rêve au rang de saint sépulcre, terreau de la vitalité, manne spirituelle, rappelleront l'origine des fibres de nos os et de nos muscles. Mais Echizen refuse. N'est digne que ce qui peut s'accomplir, se réaliser. Ce qui peut se tisser entre ses doigts, ce qu'il peut retenir, relâcher, rattraper à l'envi, cette pelote qu'il poursuit par jeu, ce voyage perpétuel et cependant tangible. Pourquoi désirer une chose vouée à demeurer inaccessible ? On y perd son temps, sa jeunesse, et jusqu'à ces mêmes espoirs qui nourrissent nos nuits. Or le tailleur ne veut pas vivre en vain. Et se noie dans sa boisson, l'air boudeur.

Il en faut peu pour qu'il abandonne son mutisme. En réalité, Echi n'apprécie pas le fait que son complice puisse le connaître à ce point ; qu'il puisse, mieux que sur un parchemin, trouver l'entrelacs qui le fera frémir, la tige sensible qu'il pincera comme par imprudence. Juste là, à cet instant, il s'est senti en danger, non parce que cette histoire de marchand de sable est grotesque, mais parce que Mars sait. Il sait tirer des ficelles dont il ignore la composition, agite des cordes qui semblent ne mener nulle part, alors qu'au bout du bout, les vibrations atteignent l'espace interdit du tisserand. Il est dangereux, Mars, derrière son faciès d'angélique, derrière l'opalescence de ses gestes, et il ne s'en rend même pas compte. Personne ne s'en rend compte, Echizen le dernier. Il n'y a que cet étrange ressenti qui tourbillonne dans le néant, et qu'il s'empresse de camoufler par un éclat d'ivresse. « D'ailleurs, comme dirait le poète, quand tu aimes, il faut partir ! Si tu avais une mappemonde, une cartographie, nous aurions pu choisir une destination, par hasard. Tu sais, une main sur les yeux, l'autre qui tourne, avec des petites aiguilles pour fixer l'endroit. Où veux-tu aller, Mars ? Tu as de la chance, toi, tu peux voir le monde des humains. J'aimerais voyager là-bas pour voir leurs tapisseries, et puis d'autres choses encore... » Bon, le voilà parti. Ce n'était pas si grave, finalement, ce frisson d'inquiétude. À l'évidence, il y a un je-ne-sais-quoi de particulier dans ce thé.
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{ Sujet: Re: Nocturne ; Echizen Nan } ∞ { Jeu 9 Juil - 19:34 }
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Encore à la surface, quelques débris d'humanité ; encore a la surface le miroir de gestes entremêlés qu'il vaudrait mieux noyer. Et le lièvre alors doucement s'évade dans ce liquide acariâtre fait de tumultes susurrés à son âme. Ce soir, il est apaisé, le lièvre se réfléchissant dans les délures gouttes de lucidité qu'on utilise pour baptiser les nouveaux nés. Alors légèrement se penche sa gorge dans le vide qui force sa silhouette à rester droite. Alors légèrement se penche son rire dans les alvéoles formées sur son doux laqué taché de banalités. Les portes, elles, sont fermées depuis si longtemps qu'il n'aurait eu l'intention même de les pousser, d'en nettoyer les jointures si bien raccordées de par leur interdiction. « Je n'aime pas, je ne partirais pas. Ils ne m'aiment pas, je n'irais pas. » Le lièvre se met à chantonner une comptine, une berceuse aux vapeurs effritées s'enroulant autour du rosée de ses lèvres. Il laisse encore flotter les sonorités pour les voir s'évider autour de celui qui saurait les tisser. Et ce qui fut un homme répète alors ces notes perchées dans les pores de son épiderme pour mieux éloigner le mauvais sort. Mais il n'y a ici que de la vieille magie, usée jusqu'à la moelle, saupoudrée d'une poussière que personne ne prend la peine de chasser. Fronce alors les plis de ce nez aux contours presque dessiné d'une main ample. « Ils ont peur des rêves que tu n'aimes pas. » Se lève alors l'aurore, la plénitude de son regard bien plus sain que décrit. Il est retourné à ses jeunesses, Andre, pris dans les filets de ses mensonges si bien menés. Pourtant encore l'emplacement de sa radio n'est plus vide, toujours tourné vers cette station sans fin, sans horaires et sans thème. « Ils ont peur de les voir devenir réalité et bientôt ils courent après. » Frisonne sa chair tendue entre ses os, frissonne sa folie ne voulant pas être remplacé, ôter de l'enveloppe auxquelles elle s'accroche. Alors aussitôt s'envole l'améthyste de ses yeux, taillé pour n'accroître que sa froide brutale, que son noir ancré d'inconditionnel. S'envole doucement les contes si bien narré par celui qu'il aime, celui dont le lièvre ne saurait se passer : son propre parent l'ayant abandonné. Dans une derrière bouchée, dans un dernier sourire volé revient alors la vivacité que l'on prête à cette névrose pourtant teintée de nacre. « Ils galopent, ils galopent ! Oh, ils sont à mon image autant que je suis à la leur. » Les bras du lièvre s'agitent alors, comme pour se servir une tasse de thé, comme pour aller chercher les épices qui sauraient encore rompre son être entre deux cols de montagnes. Cependant, ses os restent coincés dans l'anse de sa réalité alors qu'il essaye tant bien que mal de rallumer cette bougie sur laquelle on aurait essayé de souffler. Il s'éprend alors encore de mots insensés, tourné pour n'être que timide trouble au bout de ses doigts. « Et puis je n'aime pas ouvrir ces fichus fenêtre. Je n'aime pas les courants d'air. » Pourtant sont-elle encore ici et là. Pourtant laisse-t-il encore ses portes claquer dans la brise s'engouffrant dans sa demeure. Il n'est qu'une facette de leur vie, un passé présent dans chacune de leurs peurs et celle qu'il inflige ne semble s'apaiser malgré ses bonnes intentions. On l'a doté de joyaux assortis à la pleur de son être, on l'a doté d'un titre qui s'est estompé dans un si beau déséquilibre, on l'a laissé encore briser l'anneau cerclant sa tête vidée de lucidité. Mais encore les morceaux d'or se fixent à sa peau, l'enveloppe d'une majesté qu'il rompt dans un battement de cil. L'enfant aux cheveux d'ange qu'il devrait être déjà s'est évaporé. Les souvenirs déjà ont fait de même, pressé de bénir un autre, de le laisser aller. « Qu'es-tu Echizen ? » Encore sa lame fend ses abysses. Encore il laisse fondre un nouveau mystère au coin de ses yeux fanant à chaque discernement. Il sait, Andre. Il sait évidemment qu'il se laisserait mourir, qu'il cesserait de bercer celui qu'il visite de temps en temps dans une dernière poignée d'insignifiance. Aussi lui apporte-il de quoi boire, encore, encore. Aussi lui apporte-t-il de quoi saouler son âme pour s'assortir à la sienne. Toujours, il oublie le fils qui se tend entre eux, celui qu'il coupe encore pour l'oublier. Il n'y a que cela à faire. Il n'a que cette tâche là à accomplir ici alors qu'il doit encore donner son sang en sacrifice aux enfants pour que plus tard ils n'enferment que ce dieu oublié. Il est en peine, le lièvre. Bien plus que l'on ne pourrait penser, lui qui bientôt ne sait ou cacher sa folie trop sereine pour être comprise, pour être encore classée comme telle. Son kaléidoscope à lui ne saurait se transcrire dans des actions menées dans ce cruel virtuel. Alors, il soupire, il laisse s'écraser ses organes dans sa carcasse : « Et que suis-je dans ces fichus ouvertures ? Une ombre n'est-ce pas ? »
A car turns as a husband takes a different road then to the one leading home



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{ Sujet: Re: Nocturne ; Echizen Nan } ∞ { Mar 14 Juil - 9:27 }
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Que tu es sinistre, Mars, et que tu es drôle lorsque, d'un froissement de langue, d'un chuintement des lèvres, tu laisses sortir ces confuses paroles qui ne s'accommodent d'ordinaire que de vivants piliers. C'est son indéniable talent que de saisir les syllabes à la volée, de mettre leur sens sens dessus dessous, d'en ramasser les sons les plus croquants qu'il vient placer sous ses dents et, d'une infime pression de la mâchoire, il les broie pour en extraire l'essence, le substrat d'aquarelle, la poésie délurée. Brave Lièvre sans frontières qui, tout à ses désamours, n'a jamais vu autre chose que les cratères de sa planète d'origine, le territoire étrange et familier de ses envies inassouvies. Ah, l'amour. Triste farce qui éreinte les cœurs de pierre et de glace ; celui d'Echizen, noué de velours, craint trop l'accroc pour s'y abandonner, et pourtant il aime, le Tailleur, il aime mais d'une passion infidèle, d'une loyauté sans objet fixe. La cause comme l'effet n'ont aucun droit sur ce sentiment-là, car ils sont indémêlables l'une de l'autre – nulle raison, nulle conséquence : aimer et partir partagent en lui la même nature filante. Puis, la chansonnette achevée, celle qui avait suspendu entre ses joues un ruban d'émail, le mutisme cède la place à une douce perplexité commune au retour du rêve ; le voilà qui revient encore, pareil à l'huissier de son esprit, le voilà pendu au-dessus d'eux, cette branche de gui sans fleurs, cette épée rouillée à lame de mousse. Alors qu'ils se réalisent, ces maudits songes, qu'ils s'accomplissent tout de suite, là, sur le zinc qui sépare leurs deux ossatures, s'ils l'osent ! Cependant, le tisserand doit se rendre à l'évidence. Ses rêves n'en sont pas assez. Ils ont perdu leur substance au moment même où il s'est lancé à leur poursuite, à l'instant où il s'est mis à les pourchasser pour leur tordre le cou. Or le Lièvre a beau rire, le Lièvre a beau secouer sa charogne séculaire avec des gestes de petit rat, avec des sauts de chat, Echi refuse de le voir tel un de ces désirs galopants, plus fugace qu'une ondée de mars, tout juste bons à se faire piétiner par l'ambition suivante. Mais pour cela, il devrait l'arrêter dans sa course folle, lui barrer la route, l'immobiliser. Et c'est tellement triste, l'inertie.

Nonchalant au bout de ses ficelles, le Tailleur n'a pas décelé à temps le piège à loup, le piège du fou, et l'interrogation de son ami tranche soudain son insouciance. Ce qu'il est ? Qui peut prétendre le savoir ? Un nom, une profession pour certains, une relation et une pincée de souvenirs pour d'autres, une pelote qui s'évade plutôt qu'elle ne s'évide, une gêne, une chaleur nocturne, une trame cousue de fil blanc, déliquescente. Vaste question et infinie réponse. Lui ne peut en fournir qu'un pan selon son humeur, comme un travail à peine entamé, un échantillon d'une fresque qu'il découd chaque nuit, et déjà il répugne à en dévoiler le moindre mot. « Dommage, j'espérais que tu me le dirais », biaise-t-il donc, mutin, au rythme du flot ambré qui se bouscule de nouveau dans sa tasse. Derrière la malice se glisse toutefois un accent grave, l'écho d'une réflexion sérieux à propos de ce je d'ombre. S'il se trouvait trop complexe pour être défini, Echizen constate qu'il en va de même, si ce n'est davantage encore, de Mars. Cet homme-là, dût-il en posséder la silhouette, est un paroxysme d'étrangéité – même ici, à Marvalum, il fait figure d'exception. Parce qu'il marche sur la tête dans les étoiles, parce qu'il tutoie les comètes, parce qu'il boit à la santé des rois de brume et mange à la table de Charon – les eaux du Léthé aurait, selon la légende, une saveur de nectar –, il faudrait un lexique inédit pour convenir de ce qu'il est. Et une nouvelle fois, par lâcheté sans doute, par ignorance sûrement, le tisserand esquive le couperet avant de s'échapper à travers pré. « Personne ne sait. » Faute d'Ulysse, on racontera n'importe quoi. « La vraie question, c'est que veux-tu être ? » Il prononce cela en feignant l'indifférence, en mimant le trait d'esprit d'un philosophe de comptoir, ce qu'il devient l'espace d'une seconde. C'est qu'il adore les costumes, Echi, faire semblant, ne pas être lui-même, tant et si bien qu'il s'habille de reflets et d'impostures ; mais il n'y a qu'en présence de l'enchanteur que ses robes de lune, de soleil et de temps se transforment en haillons et découvrent son squelette mis à nu. Derrière se dessine ce qu'il est vraiment, dessous perce l'étoffe première, l'épiderme originel. « De toi à moi – il se penche par-dessus son thé, la voix basse, zieutant droite gauche comme s'il soupçonnait qu'on les écoutât –, tu es un mystère. Pas une ombre, non, tu connais leur réputation. Tu ressembles plutôt à une lueur, un éclat qui vient de s'éteindre et qui reste sur la rétine, bleu ou mauve. Tu es là, et pourtant tu ne l'es jamais vraiment. J'ai tout le temps l'impression qu'un jour, tu vas t'évaporer sans un bruit, sans rien dire, parce qu'en vérité tu n'es pas de ce monde mais tu viens d'ailleurs, et tu préférais y retourner. C'est bizarre. » Il marque une pause, de quoi s'écarter de son confident pour revenir à une posture détendue. « Enfin, ne le dis pas à Mars, j'ignore comment il réagirait s'il l'apprenait. » Et hop, une gorgée de thé pour noyer sa bêtise.
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{ Sujet: Re: Nocturne ; Echizen Nan } ∞ { Mer 22 Juil - 13:54 }
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OÙ SUIS-JE : le nez dans une tasse de thé.
MON HUMEUR : débridée.



LA BESACE
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« MARCH HARE »
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« Il ne le prendrait pas. » N'est-ce pas ? Le lièvre au sourire déjà lointain, berçant encore les rêves de quelques esprits qui s'y seraient pris, qui n'aurait pu que rester là baigné dans des pensées qui s'ignorent. Mais lui évidemment, jamais ne pourra-t-il revoir les jupes dansantes de sa bien aimée, jamais ne pourra-t-il revoir ces belles rangées ordonnées de ces multiples récits qui se réalisent ici. Il n'a jamais été là-bas, tout autant qu'il n'a jamais été ici. C'est une chose qu'Andre ne saurait convier, c'est une chose que la figure qu'on lui a donné ne saurait manifester. « Lui, comme moi, nous ne voulons être qu'un présent, c'est suffisant. » Et roule alors de ses yeux les brèves gouttes de sa belle éternité. Il est mort déjà. Il est mort ici ou dans les belles contrées de son Alice le fuyant encore. A présent dans la prise de ses doigts, sa belle porcelaine ne pourrait que lui rappeler celui qui encore aurait orné sa tête de bien autre chose que d'or, celui-là qui aurait compris sans doute les balivernes fondant sur sa langue. Cependant ici ne loge au creux de sa vision qu'un autre artisan. Cependant ne loge qu'au creux de son cœur que des songes qui ne sont siens. Il les apaiserait encore et encore s'il n'avait peur de les voir disparaître, mais cela n'a aucun sens. « Oh non, il ne le prendrait pas, il ne saurait étendre sa charpente de brume pour attraper quelque chose d'aussi élucubre que sa propre personne. » Il sait évidemment, puisqu'il est celui qui s'est contenté d'accepter, de se laisser vivre sauvage dans une peau saillant son corps encore enfant. Rien ne vient à sa bouche pourtant, rien ne semble amuser celui qui aurait déjà croqué quelque folie divine. « Et puis je n'irais pas. » Il retrousse légèrement ses manches, légèrement il libère sa peau, déjà prise dans des filets d'humanité civilisée. Sans doute le voudrait-il voir partit, perdu dans un monde qui l'a déjà rejeté, jeté dans le puits d'une folie qui s'invente, qui encore s'envole dans des mots trop complexes pour être son refuge. S'il avait été homme, sans doute le lièvre l'aurait renvoyé, ignoré pour si peu. Pour bien plus qu'une simple lecture qui ne l'aurait amusé. Mais il feigne encore la douce morosité qui ronge son corps malade, bien plus que les simples sursauts qui forment son être. Il n'essaye déjà plus de deviner Echizen, il n'essaye déjà plus de capturer les vagues reflets qui se glissent au coin de son champs de vision, ici, là, dans les brefs murmures d'un cristal ou dans les yeux de ces clientes bien ordinaires pour le barman égaré. Il n'y a qu'eux, pris dans une affaire qui ne saurait se terminer, qui ne saurait se résoudre par une extinction de planète, qui ne saurait s'éteindre par un reproche soudain. Alors doucement, Andre questionne : « Il n'y a que toi qui voudrait y retourner. » Mais l'homme est né bercé de magie, de revenants aux histoires changées par un monde se tordant, par des portes se renfermant lourdement, les contenants à jamais dans ce récipient bien vide, bien plein. « Il n'y a que toi qui souhaite encore voir ce dont tu laisseras bien vite après une ou deux coutures n'est-ce pas ? Il n'y a que toi qui encore trouveras cette chasseresse dépareillée alors qu'elle ne sera que le fruit naissant de tes doigts. » Tourne encore les soupirs, tourne encore la tête de ces belles demoiselles chantant quelques harmonies au creux de sa tête. C'est sa faute après tout, il ne les a convié pour une partie de thé depuis si longtemps… Sans doute les laissera-t-il le visiter une fois l'eau dissipée, une fois la chaleur s'installant, chassée par un minuit sans cendrillon, sans fête agitée. Mais celle brulant sa langue ne saurait que s'installer, renforcée par un sourire convenu, une politesse excusant ce qui ne saurait s'excuser. Il n'y a pas réfléchi, Andre, il s'est contenté encore de rendre ce qu'on lui avait offert, sans savoir si ce mensonge se révèlerait vérité ou simple récit troué par celui qui devrait s'en emparer.
Somebody fixing up their makeup whilst waiting for their person



    Been there and gone tomorrow
    merci rose & erlan pour les avatars ♥
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Nocturne ; Echizen Nan

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